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et toi, un jour, tu m'as souillé (alban)

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MessageSujet: et toi, un jour, tu m'as souillé (alban) Jeu 24 Oct - 4:15



Ça fait clic clic clac, comme une mélodie, un peu, contre la fenêtre. C'est doux et puis tendre, comme ça, à la fois, et Sid, il ne peut s'empêcher de sourire, alors, tout bonnement. Il sourit, sous la délicate mélodie, parce que c'est doux et apaisant, comme le chant, peut-être, d'un petit enfantin. Il sourit, Sid, l'ange brisé, comme ça, quelques mèches dans les yeux, qu'importe, bien heureux. La radio, elle crie quelques mots, peut-être bien la météo, il n'entend pas réellement. Le son est bas, bien trop bas, oui, mais il sourit. Parce que c'est délicat, délicat, comme le touché d'un ange, peut-être, comme la caresse d'une maman. Le chant de la pluie, là, contre la fenêtre un peu ouverte, et puis la radio mise tout bas, qui lâche quelques paroles d'inconnues. La lumière tamisée, le soleil, un peu absent, qui est là, dans la maison, pour éclairer. Son sourire, timide, qui en vient à grandir. C'est si rare, un peu laid, un peu étrange, peut-être, mais si joli, en même temps. Il en abandonne le bout de bois, le bout de son âme, un petit moment, et puis il lève les yeux, Sid, tout simplement. Le souffle, léger, vivant, un peu printemps, qui sait, s'évade de ses lèvres alors que, d'un regard d'enfant, il ne sait pourquoi, il observe autour, là, par ci, par là, juste comme ça. Il sourit, juste comme ça.

Il vit,
juste
comme
ça.

Son corps se lève, au final, et puis il s'approche, tendrement, à petit pas. Son front percute la vitre froide ; ça ne fait pas mal. Il y a peu de choses, maintenant, au fond, qui font mal. Sid sourit, là, le front contre la fenêtre, à observer les petites gouttes, légères, dans l'eau. La petite danse ; deux choses semblables, soudain, qui se rencontrent. Le haut et le bas, le noir et le blanc. Un peu de tout ça, surement, à la fois, et puis il sourit, tout bas. Une mélodie commence, à la radio. Une voix d'ange, et puis quelques notes, au piano. Sid décolle son front de la vitre, recule de quelques pas, et puis se tourne, comme ça. Il observe, les yeux grands, un peu ternes, surement, le chien, couché là. « il fait beau. » La bête ouvre un oeil, morose, et puis se ferme, doucement. Le sourire de l'ange se fait un peu terne, un peu vrai, et puis il soupire, un peu, surement, trop, peut-être, avant de passer une main dans ses cheveux. Il cache les mèches, là, un peu rebelles, qui se dessinent devant ses traits.

Il pense pas, Sid. Non, il ne pense pas à tout ça, à ce qui s,en vient, dans quelques instants. Il sourit, le pauvre idiot, il sourit un peu, pas assez, mais suffisamment du moins, pour lui en tous cas, et il est heureux. Il est heureux, car le ciel, et bien, il pleure un peu, et que le temps est doux, et sans rien de mal, pour une fois. Il sourit, car dans les cieux, c'est l'écho de sa vie, qui résonne, l'écho de son coeur, aussi, et de ce qu'il est tout bonnement, au complet, tout simplement. C'est beau, un peu terne, un peu vide, peut-être. C'est comme la musique, là, qui passe à la radio, un peu triste, un peu plaie ouverte, mais c'est là, en tous cas. C'est là, douce constance, au contraire de ceux qui sont partis.

Il sourit, Sid, sans savoir.
Il sourit, ce pauvre con, cette ange maintenant trop con, trop humain, trop humanité, dans son plus profond, parce qu'il ne sait pas. Il ne sait plus rien, au fond, et surtout pas son destin.
C'est vide, et pourtant, si plein.

Ça fait mal, déjà. Un noeud, fort, un peu trop serré, dans sa gorge. Il tousse, un peu, comme ça, parfois. Depuis le matin, oui. Il se dit que c'est à cause de la fenêtre ouverte, de la petite pluie, mais il ne la ferme pas. Il la laisse comme ça.

Il ne vaut mieux pas.
Qu'importe.

Sid se fait du thé ; il ne fait que ça, au fond, depuis le levé. Du thé, là, au miel, le plus souvent, pour sa gorge nouée. Le temps ne change rien, au fond, au noeud qui s'est installé. Qu'importe. Il met la bouilloire sur le rond, sur le feu, et puis il attend, sagement. Il observe la pluie, douce, belle, qui tombe. Le regard terne, il observe le temps, doucement, qui file, tendrement. Il sourit un peu plus, et puis il soupire, et passe ses doigts dans les noeuds de ses cheveux. C'est bien, au moins, ceux-là, il peut en venir à bout. Il peut les faire disparaître, ceux-là, au contraire de celui qui a pris place, au creux de sa gorge.

Il a envie de lui demander, tout bas, ce qu'il fait là. Pourquoi il s'est installé, comme ça. Ça fait des années, pourtant, qu'il ne parle plus comme ça. Qu'il ne pose plus des questions idiotes, innocentes, enfantines. Et pourtant, il a un peu les larmes aux yeux, aujourd'hui. La fatigue, peut-être, pour avoir travailler tard, et fort, dernièrement. Il a les larmes aux yeux, oui, un peu, pour pleurer avec les cieux.

L'eau, elle se met un peu à gazouiller. Dehors, et puis dans la bouilloire, dans ses yeux aussi, peut-être, plus tard. Sid ferme les yeux, un moment, les doigts dans ses cheveux. Son corps se balance, le plancher crache un peu ; c'est presque mélodieux. Et puis.

Et puis.
On toque, un peu durement, comme ça, à la porte.
L'eau, dans la bouilloire, elle frétille un peu plus fort.
Sid ouvre les yeux, sort du noir et puis va voir.

Le plancher gringe sous chacun de ses pas. L'âme de la maison, des marins qui s'y trouvaient, avant, des pêcheurs d'un autre temps, ils le suivent, sagement. Sid, il aime l'odeur de poisson, souvent, qui est encore là, dans les murs, comme avant. Ça lui rappelle le poisson que papa il fait, quand il vient à la maison. C'est si bon, le poisson.

À la porte, on toque encore. Un peu plus fort.
On dirait presque que c'est la Mort.

Il fronce des sourcils, tout bas, parce que trop fort, ça fait un peu mal, parfois. Il fronce des sourcils, et puis il marmonne, tout bas. « ça va, c'est bon. » Il pourrait crier, oui, mais la bouilloire, à l'autre bout, elle le fait déjà un peu, pour lui. L'eau est bientôt prête, peut-être.

Ses doigts noeux se glissent contre la poignée, la serrent un peu durement. Il l'ouvre, là, vivement. Y'a ses cheveux, un peu, qui se prennent, dans le vent. Le vent, son propre vent. Et puis, il lève les yeux. Tout bonnement. Comme ça. Derrière, dans les airs, dans les cieux, un grognement. Les orages approchent. Sid, il entend pas. Sid, il entend rien. Il voit, juste ça. Il voit, l'homme, là. « toi » Toi, oui, toi. Toi, salopard, qui a joué avec moi. Ses doigts se serrent, contre la poignée. Il a envie de le frapper, de le poignarder, mais Sid, il ne sait pas, en fait, comment frapper. Il se contente de l'observer. Il imagine, une seconde, dans sa tête, le voir s'agenouiller et pleurer.

Pleurer et le supplier.
Lui dire qu'il est désolé.

Derrière, la bouilloire crie toujours plus fort, au point de laisser s'échapper qu'un fin cillement. Sid, il cligne des yeux, tout bonnement. Il cligne des yeux, les battements du coeur, eux, inexistant.

C'est vide, là, en dedans.
Il n'y a plus rien à blesser, Alban. Que des pensées un peu torturées pour te faire payer.

Sid lâche la poignée, finalement. Il l'observe, encore, un peu durement, certainement. Il l'observe, là, un long moment. Et puis, il s'exclame, de sa voix morose. « Le thé. » Et il se retourne. Il se retourne, comme ça, encore, pour ne plus le fixer. Le coeur, un peu calmé, lâche son battement comprimé. Ses pas, lourd, font encore craquer les planchers.

Ses doigts, par contre, n'ont pas cessé de trembler.
La gorge, aussi, est encore plus nouée.
Il pense, Sid, que le thé, et bien, il ne va pas aider.


Dernière édition par Sid Oak le Jeu 24 Oct - 17:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: et toi, un jour, tu m'as souillé (alban) Jeu 24 Oct - 15:55

Le vent souffle un peu trop fort sur les montagnes. Le chalet craque sous sa caresse glaciale. Le bois tremble, brise le silence permanent qu'il contient. Même la télé en oublie de fonctionner. Cela fait des mois qu'elle ne marche plus, de toute façon. Personne ne l'écoute. Personne ne la regarde. C'est un peu comme si le monde avait cessé de tourner. Un espèce d'arrêt sur image. Un bug permanent. Indescriptible. Une note de musique coincée contre une corde brisée. Et le vent qui continue de remuer ciel et terre. Les arbres s'affaissent sous sa tornade. Les animaux gémissent, peinent à respirer. Le foin s'emballe, s'éparpille un peu partout sur l'herbe encore verte. Des gouttes de pluie se mélangent à ce carnage. Mes doigts, même recouverts d'un gant, réagissent mal à ce froid permanent. Ils ont perdu de leur force, tout comme mes bras ou mon corps tout entier. Il m'arrive encore de penser à ma vie d'avant. Ou du moins, à ce qu'il pouvait en rester. Ce à quoi elle ressemblait même si, en ouvrant bien les yeux, elle était ridicule. Alors, pour oublier ce passage honteux, la pelle s'enfonce dans le sol, remue la terre. Mes phalanges, impétueuses, s'accrochent au manche. Le trou se fait plus grand, plus vide. J'ai presque envie d'y sauter dedans, de m'y enterrer. Mais il est trop petit, ce trou. Je n'y rentre à peine un pied, pourtant je ne me sens pas plus grand que ça, aujourd'hui. J'ai l'impression d'être minuscule, même. Un petit gars qui marche dans l'ombre de son père, absent de toute vie. Un simple masque de chair qui divague au grès du vent mais plus rien de réellement profond et lumineux.
La pluie se fait plus forte, sur mon visage.
Elle hurle peut-être un 'Arrête de penser, Alban.'
Et je creuse, docile.

Le corps du félin blanc et sourd se retrouve mélangé à la terre. Sale. Monsieur chat disparaît dans son ultime demeure. Il a presque l'air de sourire, là, apaisé et mort. Je lui accorde une ultime attention et retourne au chalet. La porte claque violemment derrière moi, emporté par une bourrasque de vent. Mes sourcils se froncent, lui jettent un regard noir. Retour au silence. La chambre ouverte de Jean me rappelle une nouvelle fois son agonie éphémère. Mes pas se dirigent vers celle-ci, le cœur se serre lorsque ma tête passe sous l'encadrement de la porte. Il a les yeux ouverts, l'homme, et me fixe de son visage fatigué. Un sourire se dessine sur mes lèvres, fait naître un autre ses siennes. « J'ai enterré Arthur. » Ce sont les premiers mots qui quittent ma gorge, ceux qu'il veut entendre, Jean, parce que le reste, il s'en fiche, au fond. Il veut juste savoir ce qu'est devenu son vieux chat de presque vingt ans. À genoux contre son lit, sa main se pose sur l'une des miennes, encore sales de terre. « Tu as besoin de quelque chose ? » Un mouvement de tête me répond négativement. Papa a mal au dos, du moins, c'est ce que j'en ai déduis à sa façon de grimacer lorsqu'il bouge. Mais peut-être bien que ce n'est pas ça. Peut-être même que c'est pire. Qu'un médecin ferait mieux de venir nous rendre visite.
Je ne sais pas. Personne ne sait.
Sauf lui, le malade.

Le malade silencieux, qui ne laisse rien s'échapper. Mes doigts se resserrent contre les siens, comme pour l'implorer de crier. Me dire un mot. Un simple mot. Un quelque chose capable de me mettre sur la voie. J'ai besoin qu'il arrête de sourire, qu'il reprenne son timbre d'avant, même s'il était dur. Jean me fixe mais, mes yeux, lâches, se baissent. Je me relève, contemple quelques minutes son silence et attrape les clés de l'auto.
La peur au ventre, je pars.
Le moteur gronde, berce mes démons, ou bien, les réveille.

Le tas de féraille s'arrête sur le parking, comme si elle rendait son dernier souffle. Le col de ma veste usée et sale remonte jusqu'à mon menton, cache mon cou de ce diable qu'est le vent. L'idée de faire demi-tour me traverse l'esprit. Des tas de questions grandissent sous ma boîte crânienne. Des idées aussi. Comme celle de rentrer et revenir avec Jean, plus tard. C'est certainement la meilleure de toute. Pourtant, mes pas continuent de marcher lentement jusqu'à la porte d'entrée. L'un de mes poings s'abat même contre la porte. Ma gorge se noue. Les mots ne parviendront pas à s'échapper. Je les vois déjà s'embourber dans la boue que représente mes lèvres. Ils sont inutiles et futiles, de toute façon. De l'autre côté de la porte, une voix, plus claire. Une voix réelle. Comme je n'en ai plus entendu depuis trop longtemps. C'est peut-être ma dernière chance de fuite. Mon regard se pose sur la voiture, en même temps que la porte ne s'ouvre. Sursaut. « toi » Mon regard vide et perdu en rencontre un autre, caché derrière de longs cheveux blonds. Un blond aussi brillant que le soleil qui n'est pas là aujourd'hui. Le silence s'étire. Mes cordes vocales ne laissent s'échapper aucun son, elles sont un peu usées, il faut dire. Elles ne marchent plus vraiment ces derniers temps. De toute façon, j'ai oublié, avec les mois, quelle était le comportement à adopter pour les autres. J'ai beau eu changer de ville, d'entourage, de maison tout reste identique, là, au fond de mon âme. Je suis toujours incapable de tenir ou commencer une foutue conversation. J'hausse alors les épaules, face à l'homme inconnu.
De toute façon, il se retourne, lui et son regard insistant.
Il se retourne et je respire à nouveau.

« Le thé. » Le plancher craque sous mes chaussures. La porte claque. Les éléments parlent pour moi. Parce que je ne suis plus fait que de silence, à présent. Mes doigts resserrent nerveusement les clés dans la poche de mon jean sale. Des traces de terre lui donnent vie, en même temps que la couleur verdâtre de l'herbe. Mon cœur se crispe lorsqu'une nouvelle fois, mon regard croise le sien. C'est un peu comme s'il essayait de me dire quelque chose. Une sorte d'avertissement auquel je reste sourd. Ça fait si longtemps que je ne l'ai plus écouté, à lui, l'organe vital. Je ne sais plus décrypter ses mots. Alors, dans ce chaos total, au milieu de cette solitude et cette angoisse profonde, mes mots caressent l'air, de cette voix grave et dure. « Je suis le fils de Jean. » Le fils de Jean, pas besoin de prénom quand on est une ombre. « Il devait venir lui-même mais des problèmes de santé l'en empêchent. » Mes pensées s'embrouillent déjà, forment un nœud insupportable désagréable. Mon âme tremble, réclame drogue et autres substances. C'est à cause de ce sentiment dégueulasse que je ne sors plus. Il n'y a qu'au chalet que tout va bien. L'angoisse se meurt certainement dans notre silence. À moins qu'elle ne soit enterrée avec le chat. Mais une autre naît, ici, loin des repères indispensables à ma vie de toxico en cours de renaissance. « Je viens seulement pour voir les sculptures à la vente. » ça manque de sentiments et d'envie, tous ces mots lancés comme ça. C'est si difficile de se concentrer sur ses paroles quand le monde entier semble être une tentation.
Mes yeux se posent vers la fenêtre, cherchent un échappatoire. Comment ai-je pu devenir si pitoyable ?
Quand le simple fait de vivre est devenu un combat permanent.
Les seringues se sont dissoutes. Ce sont elles qui me faisaient vivre, au fond.
Maintenant ? Maintenant je meurs de silence.
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MessageSujet: Re: et toi, un jour, tu m'as souillé (alban) Jeu 24 Oct - 18:35

Crac. Crac. Crac.

La maison, elle craque de tout part. Le bois crie, pleure, chante. La maison, c'est les émotions. Les émotions comprimées de l'ange brisé. Seul écho que l'on peut écouter. Sid, il avance dans la maison, comme ça, les pieds un peu froids, contre le plancher. Un pas lourd, là, qui fait encore plus craquer les planchers. Et puis l'autre, lui, lui, putain, derrière, qui fait tout crier.

Qui fait tout pleurer.

Sid serre les dents, un peu, pourtant. Comme ça, juste pour calmer les cris. Les cris un peu pourries, les larmes asséchées, aussi. C'est fou, la vie, comme parfois, ça peut être une connerie. Voilà ce qu'il se dit, le grand Sid, si petit, pourtant, en dedans, quand il retire la bouilloire du feu. Il a cette envie, au fond des tripes, de faire virevolte et de la projeter à la gueule d'Alban. Juste pour lui en faire, à lui aussi, des cicatrices. Mais son visage, au crane rasé, il est déjà assez marqué. Assez déshumanisé. Il fait déjà assez pitié.

Ils font tous, au final, assez pitié.
Mais au fond, ça n'empêche pas, non, de continuer de piétiner.
Il a pas arrêter, lui, quand il l'a vu, dans ses bras, nu et mutilé.
Il a jamais arrêté.

Ses doigts se crispent, contre la poignée de la bouilloire. Il ne bouge pas, au fond. Il ne bouge pas, non, Sid. Peut-être qu'il espère réver. Peut-être qu'il a encore cette envie de le frapper. Son sourire, figé, grandit un peu. Un tout petit peu. Juste assez pour devenir grimace. Sid lâche un souffle un peu rire, et puis, il redresse la tête, dépose la bouilloire, et sort les tasses de thé.

Une pour Alban. Une pour lui.
Comme il est poli. Et meurtri, un peu, aussi.

Sid, il se retourne, finalement. Deux tasses à la main, rien dans le coeur. Rien dans la tête. C'est vide, là, trop vide. Il l'observe de ses yeux bleus, vivants, ternes, morts, à la fois. Tout ça, oui, à la fois. Il ne comprend pas. Il ne comprend rien. Sid dépose sa tasse sur la table, pour ne pas toucher ses doigts. Il ne veut pas, non, toucher ses doigts. Se rappeler, un moment, comment ils sont rongés par la vie, un peu rugueux, contre sa peau de bébé.

Elle s'est effacée depuis un moment, de toute manière, sa peau de bébé.

Il y a un peu de ses cheveux, quelques mèches, là, abandonnées, qui en viennent à valser devant ses yeux, quand il dépose la tasse. Il a beau redresser la tête, ensuite, pour l'observer, elles n'en viennent pas à se déplace. Elles restent là, comme un bouclier. C'est peut-être pour ça, au final, qu'il les a laissé pousser. « ton thé. » Il désigne la tasse, d'un mouvement de tête. Sa gorge est toujours nouée ; il en prend une gorgée, de la sienne. Sid, il manque de se brûler. Et puis Alban, enfin, il se met à parler. « Je suis le fils de Jean. » Sa voix, elle a changé. Un peu vide, un peu creuse. Un peu rien, en fait. Ça fait du bien ; ça fait du bien, car au fond, ça ne lui rappelle pas, qui il était. Il n'entend pas l'écho de ses mots doux, au fond de ses oreilles. C'est mieux, un peu. Juste assez, pas suffisamment. « Alban. » qu'il murmure, tout bas, assez fort peut-être, les lèvres contre la tasse, encore. Alban. Alban. Alban.

ALBAN.

Sid dépose sa tasse, sur la table. À côté de la sienne, qu'il n'a pas touché. Sid a envie de fumer. « Il devait venir lui-même mais des problèmes de santé l'en empêchent. » Il hoche de la tête, un peu, pour signaler qu'il n'a pas arrêter d'écouter. Ses doigts, eux, s'agitent. Il s'agite un peu, Sid, avec le coeur qui palpite. Il cherche, là, dans les tiroirs, dans l'armoire. Il cherche surtout du regard, sans rien toucher. On dirait un mort, planté là, incapable de bouger. Et puis, il tend la main. Ouvre un tiroir, doucement, et puis sort un bout de mort. Un petit joint, finement roulé. Des pensées qui vont s'égarer. Le briquet claque, le feu vit, la fumée s'élève.

Le coeur se calme.

La voix de l'autre, encore, résonne. Elle est morte. Il est mort. Ils sont, en fait, tous morts. Sid sourit, penche un peu la tête vers l'arrière, le joint entre les lèvres, et puis prend tout. Il prend tout, pour aller ailleurs, une petite heure.« Je viens seulement pour voir les sculptures à la vente. » Au travers du couloir, la radio, elle a changé de mélodie. Ça sonne vieux rock'n'roll, peut-être. Un couinement de guitare électronique, une voix maudite. Sid penche la tête par en avant, maintenant, et puis la balance, en harmonie, en mouvement. C'est un peu ailleurs, qu'il est. Un peu ailleurs, oui, qu'il est. Son corps danse, un peu, sur quelque pas légers, avant de se retourner. Il balance ses cheveux en arrière, de sa main libre, lève les yeux, un instant, vers lui. Il en sourit presque, tout bonnement. « c'est là. » Il désigne l'atelier,du bout des doigts. Puis, il y va. Ses doigts agrippent à la tasse de thé, au passage, et puis, en passant, il en vient même à l'effleurer. Le toucher, un peu, comme par le passé.

Le toucher, pour l'empoisonner.

Sid penche la tête, un peu en avant, fin sourire sur les lèvres. Il observe, doucement, le plancher craquer. Il observe ses pas dévier. Et puis, lentement, il pénètre l'atelier. Le chien, toujours couché, lève la tête, pour les observer.  Sid va s'échouer sur sa chaise, qui en vient à craquer. C'est fou, au fond, comme son coeur est calme. Comme la maison bat, pour lui. Il lève les yeux vers Alban. Il est plus petit que lui, maintenant, en étant assis. « c'est ici. » Qu'il dit, tout bonnement. avant de porter le joint, sagement, à ses lèvres. Il ferme les yeux, un petit moment, une éternité, peut-être, pour se calmer, et puis il tend les doigts, encore, pour désigner. Pour désigner, autour, les objets à acheter.

Fragments de son âme, là, éparpillés.

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MessageSujet: Re: et toi, un jour, tu m'as souillé (alban) Jeu 24 Oct - 23:55

Il y a un malaise, juste entre nous deux. On fait mine de ne pas le voir mais il est grand comme une maison. Et même plus. C'est tout un océan de silence et de mots bien gardés, enfoncés dans le sable. Y a même la pluie qui se mêle à la danse. Le vent masque son visage derrière sa chevelure blonde. Je peux encore percevoir son regard, le vide qu'il y contient. Ou peut-être, au contraire, les étoiles qu'il préserve. Mon regard, plus sombre, plus fragile ne s'aventure pas vers le sien. Et lorsqu'il le cherche, c'est pour le détourner instantanément. J'ai sans cesse cette impression que n'importe qui peut découvrir ce que mon âme cherche à dissimuler à tout prix. Comme si je tentais de me prouver à moi même que j'ai changé mais qu'au fond, je doute. Oui, je doute. Et Jean, lui, couché dans son lit, ne songe pas une seule seconde à cette possible rechute. Aux pensées trop sombres qui se mélangent entre elles, tentant vainement de faire renaître une colère passée.
Passée, c'est ce qu'on dit.
Il doit bien en rester des débris.

La fumée quitte la bouilloire, s'échappe des tasses et je la regarde. Parce qu'elle au moins, elle ne me jugera pas. Non, elle, elle est un peu comme moi : éphémère. La preuve, elle disparaît déjà. On ne la voit plus. C'est toujours une nouvelle vague qui revient et qui repart. Personne ne se soucie d'elle. C'est ce que j'ai toujours rêvé d'être au fond : de la fumée, légère. J'ai juste tout fait de travers. Je suis encore à côté de la plaque d'ailleurs, un peu, alors j'ai décidé d'arrêter de vivre. Et même ce moment là, je le vis à peine. Du bout des doigts seulement. Je réceptionne la voix du grand blond sans essayer d'en comprendre la tonalité. « ton thé. » Je n'ai pas le temps de lui dire que je n'aime pas le thé. J'ai le temps de rien tout simplement parce que je suis ailleurs. Mais c'est pas grave parce que mes doigts attrapent déjà le récipient un peu trop chaud. Mes phalanges brûlent mais ne le lâchent pas. Le liquide caresse ma gorge de façon indélicate, il me ramène presque ici, dans cette maison que je ne connais pas, face à l'inconnu sculpteur de bois. Je retiens une grimace de déformer mes traits. Il n'en est pas question, qu'un quelconque sentiment se fasse la malle. Encore moins le dégoût. Parce que les raclures de mon genre n'ont pas à faire les difficiles.
Oh non. Jean le disait, souvent, avant.
Bien avant que toute la merde nous tombe dessus.

« Alban. » Ma gorge se noue à la prononciation de mon prénom. Je ne réfléchis pas une seule seconde d'où lui provient l'information. Certainement Papa. Ouais, il sait bien se faire comprendre, même sans la parole. Les mots sont superficiels, après tout. On ne peut en garder une trace si ce n'est un souvenir sans témoin. Un geste de tête confirme l’appellation même si son importance est minime. La tasse rejoint la sienne sur la table, se retrouve à son tour abandonnée. Mes pas suivent étrangement les siens : c'est la seule chose dont je suis capable ces derniers mois. Je suis le chemin des autres, comme pour éviter de tomber dans le ravin, me ramasser une nouvelle fois la gueule et embrasser un rail de coke par maladresse. Le nez dans la poudreuse, c'est si poétique. La fumée du pétard atteint mes narines. Un sourire se dessine sur mes lèvres, le tout premier, timide et défoncé. Un sourire qui en cache un autre. Il est pas simple et léger, non, y a toute une frustration derrière. Même un joint, c'est interdit. Jean a viré les bouteilles d'alcool, de peur que je compense le manque par autre chose. J'ai parfois l'impression d'être un chien en mauvaise santé, que l'on prive de tout pour ne pas qu'il ne fasse une indigestion. Et bien sûr, idiot qu'il est, ses croquettes ne lui suffisent plus. La bête couine, hurle, fouine, à la recherche d'un quelque chose capable de le rassasier réellement mais il ne trouve rien.
Rien, un peu comme ce moment fait de vide.

Les pas résonnent, en même temps que la musique. Les bruits caressent les murs, nous englobent dans une bulle artificielle. Mes bras se croisent, là, contre mon torse dur et presque squelettique. « c'est là. » Nouveau signe de tête, bien plus rapide et facile que les mots. J'ai mal à la gorge, de toute façon, depuis que j'ai quitté le chalet. Je sens le monde tourner beaucoup trop vite tout autour de moi. J'ai la peur incrustée dans les tripes. « c'est ici. » Nouvelle indication, nouveau mouvement du corps. Mes yeux rencontrent les sculptures. Mon souffle se retrouve coupé. L'espace de quelques secondes, l'artiste en vient à disparaître. Mes yeux bleus repoussent les pensées, se concentrent sur le bois. On pourrait presque croire qu'il raconte une histoire. Époustouflant, c'est sans hésiter le premier mot qui me vient en tête. J'ai l'air d'un gamin, la bouche ouverte, les yeux brillants. Un gamin émerveillé devant la vitrine des magasins beaucoup trop chers pour lui. C'est surtout la nouveauté qui le rend si bête et béat. Mes doigts, usés et encore gonflés par les années de piqûres se posent sur l'une des sculptures. Moment d'arrêt, là, devant celle qui se démarque des autres. Mon regard, accompagné d'un sourire se tourne vers le grand. « on prend celle la. » On, oui, Jean ne pourra que l'aimer, lui aussi. De toute façon, elle finira à un endroit où il ne la verra pas. « c'est possible de la mettre de côté ? Mon père viendra la payer, quand il ira mieux. » Il est peut-être bon l'homme mais pas au point de me confier son portefeuilles. Je lui en ai trop fait baver pour que la confiance soit totale. J'ai fait baver le monde entier et aujourd'hui il ne me regarde même plus. Je me mords la lèvre, les doigts toujours en contact avec le bois. Son visage me rappelle un vieux souvenir, une sensation de déjà vue beaucoup trop flou pour la définir correctement. Je dois rêver, oui, quel con.« C'est fou, j'pensais pas qu'on pouvait faire de telles choses. » Ta gueule, Alban, putain, ouais, ta gueule. Cette voix agressive résonne dans ma tête.
Il est vraiment temps que je parte.
Avant de suffoquer.
C'est peut-être déjà trop tard, au fond.
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MessageSujet: Re: et toi, un jour, tu m'as souillé (alban) Ven 25 Oct - 3:29

Ses yeux se ferment ; ils sont lourds, lourds de sommeil, lourds de sentiments, aussi. Sid ferme les yeux, alors, assis sagement sur son tabouret, et il écoute. Il écoute les notes, là, qui s'évadent de sa tendre radio, et puis il sourit, doucement. La voix féminine s'élève dans les airs, un peu cassée par les ondes polluées, et pourtant, si douce. Il sourit, Sid, à l'entendre chanter. Il est transporté, là, le joint coincé aux lèvres. Il se sent flotté. Il ne pense pas, non, à la douleur, juste là. Cette douleur, il lui suffit de tendre le bras, pour de nouveau y toucher. Pour de nouveau aimer. Et pourtant, Il ne bouge pas, Sid. Il ne veut pas. Il s'en fiche, cette fois. C'est une blague ; et bien, il se contente de sourire, un peu, tout bonnement. Peut-être, au fond, qu'il tremble, en dedans. Comme un enfant, là.

Sid, il ouvre un oeil, doucement. Il est là, un peu tanguant. Un peu dansant, aussi, qui sait, sur son banc. Le joint à la main, la tasse à la poigne, il observe, un instant. Il observe, là, le passant. Le dément qui s'est glissé dans sa maison, pour verser un peu de sang. Pour le faire plaisir comme un enfant. C'est triste, un peu. Triste, car ça fait longtemps, pourtant, que les yeux de Sid, ils se sont tarissent. Il n'y a plus rien. Plus rien que le vide, et puis le terne, là, qui danse toujours, comme un lac un peu calme, au milieu de nulle part. Avant, Sid était un fleuve,  une chute d'eau, belle et vive. Maintenant, il n'est qu'un lac. Qu'un lac terne et calme, qui danse et qui tangue, là, contre le vent et la pluie, parfois. Il est un peu tout ça, oui, Sid.

Un peu tout ça.

Sid, il l'observe, là, comme ça. Le joint entre les lèvres, le fumé qui gonfle son coeur, assis sur son tabouret, il observe Alban, là, qui touche à ses bébés. À ses éclats de sentiment, peut-être, juste là, figés et sculpté, et il fronce des sourcils, un peu. Il ne veut pas. Il ne veut pas, quelque part, qu'il en choisisse un. Mais il a promis. Il a promis, Sid, au joli Jean. Jean qui lui sourit, tout le temps, comme lui il fait. Ils ont le sourire commun, Sid et Jean. Un sourire trop las pour être marrant. Alors, Sid, il ne dit rien. Il observe, sagement, et il se tait. Et puis, pour calmer ses nerfs, un peu, qui sait, il se lève. Sa tasse s'échoue contre la table de travail, le liquide danse, un peu, éclabousse certainement, et puis il s'étire, un moment.

Ses doigts, rugueux, caressent le volume de la radio. La voix s'élève, dans la pièce, sort par la fenêtre, un peu. Elle berce les vagues. Sid sourit un peu plus, doucement, et puis, il penche la tête, les yeux un peu fermés, tendrement. Il est apaisé, un petit moment. Calmé, là, avec son joint, à la main, et la voix, dans les oreilles. Le coeur, il est calmé. Il ne bat plus, non, comme avant. Il ne sait plus battre depuis bien longtemps.

Il a été coulé dans du ciment.
Scellé, à cause d'un amour bien trop dément.
Bien trop démon.

Il fait un peu ailleurs, Sid, comme ça, devant sa radio. La tête un peu penchée, les cheveux qui pendent encore, un peu, devant ses traits fatigués, figés, incapable de montrer. De montrer les sentiments éprouvés. Il sourit un peu, pourtant, bercé. Bercé par les mots criés, et puis il danse, un peu, tendrement, d'un petit pas. Juste comme ça.

Et l'autre, il vient tout casser. Tout casser. Il a toujours été doué, Alban, pour tout casser. Toujours, oui. « on prend celle la. » Sid ouvre les yeux, encore une fois. Il observe les gouttes de pluie, légères, petites, qui glissent, le long de la vitre. Il les observe un petit moment, avant de se tourner, finalement. Son corps s'affaisse contre la table et puis ses yeux, eux, cherche celui-là, celui dont il parle. Sid ne voit pas, avant un moment. « c'est possible de la mettre de côté ? Mon père viendra la payer, quand il ira mieux. » Sid hoche de la tête, puis cherche, encore. Et puis il voit, là. Il voit, ce qu'il touche, avec ses doigts.

Un enfant, comme ça. On dirait un enfant, pas trop grand, avec ses yeux grands. Le petit prince, qu'on imagine, parfois. Le petit prince, pas trop grand. Y'a que papa, souvent, qui comprend. Qui comprend, oui, que c'est juste ; les restants. Les restants de l'enfant, celui qu'il était, avant. Sid, il a même sorti un pinceau. Un peu de peinture, un peu de bleu, pour tracer ses jolis yeux. Et puis du rouge, aussi, qui s'est certainement effacé, pour ses poignets un peu dévoilés.On les voit très peu, si peu, mais ils sont là.

Sid, il entend plus chanter.
Il entend son coeur pleurer. et puis il voit le petit, là, en bois.
Le petit être en bois qu'il a été, à cause du drogué.

Un petit moment, bien léger, il a envie de pleurer. Y'a quelque chose qui miroite un peu, au fond de ses yeux bleus. « C'est fou, j'pensais pas qu'on pouvait faire de telles choses. » Sid, il lui adresse un sourire crispé. Il le voit encore, là, à toucher la sculpture du petit être brisé. Il a l'impression qu'il va la briser. Qu'il va le briser. Alors, Sid, il ne pense pas. Il ne pense pas, sur le coup, Sid.

Il se redresse, tout bonnement, les sourcils un peu froncés ; le joint, maintenant, bien consumé. « Lâche le » Il grogne tout bas, de sa voix abîmée. Il comprend pas, en fait, pourquoi il se met à paniquer. Mais voilà ; il a les yeux un peu colorés, un moment, Sid. Et puis il prend entre ses mains, lui enlève, rapidement, ce qu'un jour il a été. « tu vas le briser. l’abîmer. » Il a envie de pleurer, là, les yeux baissés, pour observer le bébé qu'il a été. Le petit être fragile, qui a été brisé. Y'a son coeur, sur l'heure, qui a décidé de pleurer. Ses yeux, bleus, ternes, vivant qui sait, qui ont envie de pleurer. Il lève les yeux vers Alban, l'observe, là, pour l'assassiner. « tu l'aimes, hein ? » Il rit un peu, juste un peu. C'est presque triste, à entendre. Il secoue la tête, Sid, projete ses cheveux à gauche et à droite. Il rit un peu, sanglote peut-être, qui sait.

Sa tête se penche vers l'arrière, et il essaie de se calmer. Il essaie de se calmer, et puis il soupire, avant de l'observer, de nouveau. Il l'observe pour comprendre, peut-être, qui sait. Il sourit, un peu. Un sourire un peu brisé, un peu poussé. Un sourire qui donne envie de pleurer, de tout écraser. « sid. la sculpture se nomme sid. » Il lève un peu le menton, pour l'observer. Le dévisager. Essayer de voir, qui sait. « et tu risque de la briser. » Et puis il sourit, encore, un petit peu plus.

Il attend, là, une réponse.
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MessageSujet: Re: et toi, un jour, tu m'as souillé (alban) Sam 26 Oct - 0:31

Les choses vont beaucoup trop vite. Comme si le temps avait soudainement décidé de mettre un cran au dessus, de me faire tourner la tête, un peu plus. Mon estomac se tord lorsque mon regard croise celui du blond. Une lueur jusqu'ici morte semble s'y être rallumée. Ses gestes sont trop vifs et écorchés. Mes doigts restent collés au bois, comme des aimants. Je ne me rends même pas compte que je le caresse encore. C'est si bénin, au fond.
Et pourtant.

« Lâche le » Mais je ne le fais, peut-être par pure provocation, au fond. Mes doigts restent collés à la sculpture, s'imaginent un délire d'artiste. Le son dans sa voix, un peu tremblant, me donne la sensation d'avoir faire la pire des conneries. J'suis au bord de l'explosion, là, à le voir l'enlever de mes mains. Fallait que je rentre, je l'ai répété des centaines de fois à mon cerveau qui n'a pas voulu écouter. Y a plus qu'à assumer cette rébellion interne maintenant. La déchirure se fait plus forte lorsque sa voix résonne à nouveau. Elle ressemble à une mélodie du passé. Un tremblement familier dont je suis incapable de donner la source sur le moment. L'intérieur de ma joue se retrouve mutilé par mes dents nerveuses. Tout aussi nerveuses que l'intégralité de mon corps en manque de drogues. Et puis de vie, aussi. Pourtant, j'ai presque l'impression qu'il s'éveille, sous la menace. Je suis un animal sauvage dont la moindre trace trop brusque l'alerte. « tu vas le briser. l’abîmer. » Mes sourcils se froncent, réfutent ces mots que je ne comprends pas. Le regard du blond me transperce. J'ai le cœur qui doit se déchirer, et une partie de mes poumons aussi. Une balle a quitté ses pupilles. C'est donc ça, les yeux revolvers. Je pensais ça drôle, avant d'en ressentir la violence. Je tourne mon visage vers la porte, contre mon unique échappatoire. La voix presque muette résonne encore dans ma tête. C'est le moment de partir, Alban. Et elle n'a pas tord.
La preuve, je fais un pas en avant, en sa direction.

« tu l'aimes, hein ? » Ma tête me donne la sensation de vouloir exploser. Comme ces ballons d'eau, tu sais, un peu trop fragile, qui craque sous la pression. Elle est douloureuse, cette sensation. J'ai même pas de quoi la faire passer. Pas un cachet. Pas une cigarette. Rien. Juste ma volonté à retourner au chalet et verser toutes les larmes de mon corps. Parce que mes larmes, elles ne sont plus pures, au non, c'est une façon de se purger. Les débris de ma crasse se fondent à l'eau salée qui coule sur mes joues. Elles n'inspirent plus la tristesse ou le désespoir du cœur ; elles viennent d'ailleurs. Un peu naïf et trop con, mon regard se tourne une nouvelle fois vers l'homme. J'y trouve des yeux rouges. Trop rouges pour être seulement causé par un pétard. C'est de la détresse, à l'état pur, elle ressemble à celle de Jean, à la mort de sa bien aimée. Mais dans cette pièce, il n'y a pas de cercueil. Juste cette statue de bois. C'en est peut-être une, au fond, qui sait ? Frisson.

« sid. la sculpture se nomme sid. » Le prénom claque contre les parois de mon cerveau endoloris. J'ai envie de hurler, soudainement. De poser mes mains sur mes oreilles et défoncer les murs. Pisser sur le sol. Hurler, encore. Et me remémorer le regard de Sid. Sid, la plus belle déchirure. Sid et ses bras laminés par sa propre âme. Sid, le tout petit. Nos caresses qui se confondent, en même temps que nos lèvres se cherchent. Un rire nerveux quitte mes lèvres gercés. Je baisse les yeux, pendant tout ce temps. Je baisse les yeux parce que tout ce qu'il me reste est un souvenir vague, accompagné d'une dose de fascination. Il était magique, le petit, avec sa souffrance dans le cœur. Il incarnait la tristesse, la solitude et la mort. Les trois. À la fois. Les trois choses que l'être humain déteste le plus. Tout ça, de ses épaules trop frêles. Et j'ai voulu l'achever. Mon regard se relève vers l'être de bois. Ma respiration se coupe lorsque les détails me viennent à la charge. Je les avais peut-être déjà vu, au fond, avant, déjà. Juste avant que le blond ne me les fasse remarquer. Oui, la vraie nature d'un homme ne disparaît jamais. Je me fiche de son art. Je me fiche du bois.
J'aime le désespoir malade dont cette sculpture est imprégnée, c'est tout.

« et tu risque de la briser. »
Sid. Dégage de là.
La voix s'énerve, intérieurement, elle repousse la tentation du passé. La méchanceté gratuite. Les photos nues, collées sur les murs, qui, aujourd'hui encore seraient capable de me faire bander. Le moment de silence qui s'impose entre nous deux est si tendu qu'il donne l'impression d'être un élastique capable de claquer à tout moment. Enfin, je retrouve la force de poser mon visage en sa direction. Je le reconnais ce regard. Et puis ce sourire. Ce sourire qui t'écrase, qui te donne la sensation d'être aussi bas que lui. Pourtant, son visage, je ne le reconnais pas. Ni son corps. À croire que le canard serait devenu le cygne. On dirait qu'il n'a pas d'ailes. Ma gorge nouée laisse finalement s'échapper un son, brisé et trop surpris. Je dois rêver. C'est un hasard. Un foutu hasard. Une illusion. « Sid ? » La question est peut-être posée à l'artiste. Ou bien à la sculpture. Quoi qu'il en soit, mes yeux bleus sont déjà posés vers le morceau de bois. Un sourire dément prend place, là, sur mes lèvres. Pour s'évanouir la seconde d'après. « C'est que du bois. Le bois finit par vieillir et se briser, tout seul. » C'est vrai, au fond, Sid il était déjà amoché. Bien avant que je rentre dans sa vie. Bien avant qu'il ne puisse m'aimer. Ses bras pleuraient, comme deux gamins totalement perdus et abandonnés.

Je fais un pas en avant, tend mes bras vers la statue. « C'est elle que je veux. Tu as dit qu'elles étaient à la vente. » Le vouvoiement se fait la malle, le respect se dissipe doucement. J'ai envie de m'insinuer dans une plaie déjà ouverte, à nouveau. Mes doigts, empoisonnés, se referment sur elle, la tire violemment contre mon torse. J'ai les yeux rouges de colère, comme un gamin capricieux.
Tout ça pour une statue.
Tout ça pour lui.
Sid.
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MessageSujet: Re: et toi, un jour, tu m'as souillé (alban) Sam 26 Oct - 4:08

C'est fou. Fou, oui, à quel point il a envie de pleurer. Juste là, si grand face à lui, à l'observer, comme ça. Sagement, comme il faisait tout le temps. Juste comme ça, à chercher le bleu de ses yeux, tout bonnement. À chercher quelque chose, là, dans ce puits sans fin, quelque part où s'accroche, pour ne pas tomber. Sid, il sait, au fond, que ça ne sert à rien. Rien du tout, même, de l'observer comme ça. De croire, peut-être, qu'il va se mettre à pleurer. À pleurer, oui, comme un bébé, et à lui murmurer. À lui murmurer qu'il est désolé, et qu'il a toujours regretté. Qu'il a jamais cessé de l'aimer, peut-être même, qui sait. C'est con, oui. Si con que Sid, il garde cet air dur, sur ses traits, pour ne pas le montrer.

Montrer qu'au fond, il a jamais cessé de l'aimer.

Et voilà. Alban, il en vient enfin à l'observer. À l'observer, là, de ses yeux bleus qui semblent enfin s'allumer. Sid, il y voit tous leurs souvenirs s'y balader, et il a envie de cracher. De lui cracher à la gueule, et puis de le frapper, pour lui faire oublier. Pour tenter d'oublier, aussi, qu'il a un jour aimer. Qu'il continue toujours de l'aimer. Qu'importe. Il garde le menton haut, l'ange brisé. Peut-être que, oui, depuis des années, il ne parvient plus à voler, il a peur de dévoiler, mais il n'en reste pas moins qu'il ne se laisse pas marcher sur les pieds. Alors, il reste là. Le menton haut, le regard dur, le coeur calme, presque, à l'observer. Il a encore envie de fumer ; depuis sa poche, il entend ses cigarettes l'appeler. Mais il ne bouge pas. Il ne cède pas. Il est figé ; incapable de respirer, même, qui sait, à force de l'observer.

C'est comme avant, au fond ; chacun de ses souffles qui vient d'Alban.
C'est beau, oui, l'amour qui dure une éternité.
L'amour des damnés.
Des torturés.

« Sid ? » Il en vient à grimacer. Parce qu'Alban, il a cessé de l'observer. Il observe le bout de bois, ce qu'il a été, autrefois. Il observe cette ombre, cet enfant qu'il a longuement caressé, embrassé, baisé. Brisé. Il ne voit que ça, au final. Sid, il n'est qu'un petit tas de cendre. C'est la statue, oui, qui importe à Alban. Que la statue. Sid, il rigole tout bas, un moment. Il serre ses doigts sur l'objet, le petit lui qui est pourtant grand, entre ses doigts. Il observe les traits d'enfants, là, qu'il a pris des heures, à sculpter. À graver, pour se rappeler. Se rappeler qu'un jour, il a été assez bête pour aimer. « C'est que du bois. Le bois finit par vieillir et se briser, tout seul. » Il grimace, Sid. Il n'aime pas, non, qu'on parle ainsi de ses bébés. Des bouts de son âme, là, éparpillés. De la seule chose au monde qu'il est capable de ressusciter. « des os aussi. tu veux essayer ? » Il susurre tout bas, grogne ses mots, crache sa haine. Il détourne les yeux, regarde ailleurs, veut être ailleurs. Il est chez lui, pourtant.

Il ose, le pauvre con. Il tend les doigts, réclame ce qu'il ne lui appartient pas. Il demande, comme ça, tout ce qui peut bien rester de l'enfant. « C'est elle que je veux. Tu as dit qu'elles étaient à la vente. » Sid fronce des sourcils, un peu. L'observe, longuement. Il voit son bras qui se tend, ses doigts qui se referment contre la statue, l'enfant, et qui le ramènent contre lui. Sid serre les dents, un moment. « non » Sa voix claque, comme une gifle, comme un cri, un pleur, aussi. Le chien, toujours au lit, couine tout bas, baisse la queue, soudain. La pluie claque plus fortement, contre les parois de la cabane, ou alors, est-ce son coeur qui se réveille. « non » C'est plus bas, plus doux, cette fois. Sid, il se calme, doucement. Ses traits se font enfants, comme autrefois. C'est presque étrange. Trop étrange. Il lâche la statue, caresse ses doigts. Fait un pas, un petit, pour se coller, tout contre lui. « tu as assez joué, Alban. Assez, c'est assez. » Il souffle, là, contre lui. Contre ses lèvres, trop près peut-être. Baisse les yeux, une petite seconde, pour les observer. Sourit un tout petit peu, moqueur, ailleurs. « j'ai terminé, en tous cas » Il sourit, encore, toujours.

Ses doigts font crocs, contre les siens. Trop forts, pour manier le bois, souvent, parfois. Trop vif, pour ses doigts usés. Il reprend son bien, là, et puis fait quelques pas. Il danse sur ses propres pas, oui, et puis l'observe, sagement. Il est calme ;  c'est presque étrange. C'est plus Sid. Le Sid, il est mort. La statue, c'est sa tombe ; il ne reste que le sculpteur de bois. L'homme patient, trop silencieux, trop mystérieux. « y'a que moi, pour la casser. » Il la dépose sur la table, brusquement. Crac. Quel bois à craquer ? Aucune idée. Il n'observe pas. Sa statue. Il en fait ce qu'il désire. Il l'observe, un sourire sur les lèvres. Ses doigts se glissent dans sa veste, sort le paquet, le serre, en sort une clope, l'allume, fume.

Il se pourrit un petit peu plus.
Et puis il soupire d'aise, ensuite.

La clope au bec, il tourne ses yeux vers la statue. Le petit enfant, là, oublié depuis si longtemps. Tout assis, là, certainement en train de pleurer. Il en entend encore le son. Les bras de papa, contre son corps. Il entend encore tout ça, oui. Tout ça.

Ses doigts, ingrats, prennent la statue.
Ses yeux brillent, un peu.
La flamme du briquet s'éveille.
Et puis caresse, délicate, la statuette.
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MessageSujet: Re: et toi, un jour, tu m'as souillé (alban) Dim 27 Oct - 15:33

Mon corps se déchaîne. Intérieurement, on approche lentement l'apocalypse. Les cris de mon âme sont si forts qu'ils me font presque mal à la tête. La voix de Sid se mélange à cette cacophonie. Je suis au bord de l'explosion, à moins que ce ne soit déjà trop tard. La pluie claque contre les vitres, accompagnent cette vague maligne et dégueulasse de folie. Mes doigts se referment sur la statue, peut-être pour m'empêcher d'étrangler le blond, à la place. C'est toujours mieux de briser des objets que des hommes. Paroles de Jean. Ça ne peut être que des mots provenant de son cœur : son cœur sincère, son cœur amoureux, son cœur respectueux. Et moi, pauvre con, à tenter de le croire. Pauvre con, à me voiler la face et y croire en surface. À l'intérieur, c'est toujours la même chose, la même chanson. J'ai les sentiments qui sont en train de moisir. Pourtant, dans la détresse je pense encore à la sagesse de mon père mais elle se la volatilise elle aussi, je la sens. Elle s'échappe de ma bouche sous forme d'un oiseau et s'écrase contre la vitre en espérant y trouver liberté. La voilà qui se meure, au sol, blessée.
Je cligne des yeux, perdu.

« non » Je ne l'écoute pas, au blond, mes phalanges se font blanches contre le bois. J'ai envie de me mêler à la matière, de me fondre en elle et disparaître. C'est un bouclier, la statue. Mais aussi une trace du passé. Les débris d'une mort mentale. D'un vide qui ne se comble pas. Entre mes bras, j'ai l'impression qu'elle me fait revivre nos caresses, nos mots et enfin notre destruction. Cette terrible destruction. Celle pour laquelle j'ai aimé Sid. Je l'aime encore, d'ailleurs, à voir les larmes à ses yeux. C'est très certainement ce que j'ai toujours le plus aimé chez lui. « non » Mon cœur bat de façon exagéré lorsque son corps rencontre le mien. Un sourire naît sur mes lèvres. Sa présence se fait trop étouffantes, surprenante. J'ai plus qu'à tendre la main pour caresser ses cheveux. J'ai plus qu'à avancer mon visage pour l'embrasser : c'est si simple. Des flammes remontent jusqu'à ma gorge, s'échouent au creux de ma bouche. Et son regard, ses deux pupilles qui se posent sur elle ne font qu'accentuer les sensations. J'ai la respiration qui se coupe, les poumons qui peinent à trouver une bonne oxygène. Son souffle ne suffit pas à me faire vivre correctement mais je ne bouge pas. Oh non. J'ai l'air d'un piquet, là, à le regarder sans conviction, à convoiter un fantôme du passé. Mes doigts caressent la sculpture, encore, ses bras striés.

« tu as assez joué, Alban. Assez, c'est assez. » Je fronce les sourcils, retiens les mots de quitter ma bouche. J'empêche mes cordes vocales de se tendre. Parce que si je le fais, je sais comment tout cela se terminera. Je connais ma façon de hurler sur les autres. Je ne la contrôle pas, la rage. Et aujourd'hui, elle tape plus fort que jamais. Je ne lui ouvre pas la porte. Elle hurle, gratte à s'en faire saigner les mains. « j'ai terminé, en tous cas » son sourire me fait perdre pieds quelques secondes, suffisamment pour le laisser reprendre une partie de son âme. Sid m'échappe et la colère monte d'un cran. Je baisse les yeux, tente de m'échapper de cette pièce. Mes paupières se baissent, cherchent un point de repère. Un quelque chose capable de m'empêcher du pire. Prier Dieu en reste même une possibilité. Les supplications se perdent dans mon cerveau, ne quittent pas mon corps. C'est un appel à l'aide. Oui, encore un. Une énième trace de faiblesse. « y'a que moi, pour la casser. » Je me craquelle à ses mots, comme de la terre sèche. Des particules de moi tombent au sol, je peux presque les apercevoir mais je suis déjà occupé à le fixer, lui, l'assassin.
Ce vengeur brisé.

La flamme s'élève dans l'air, caresse le bois, l'abîme. Elle réveille l'animal.

Mon corps se précipité sur Sid, le repousse violemment. Qu'importe si je lui fais du mal, je ne contrôle même plus mes gestes. Au passage je crois hurler un « Dégage. » si fort qu'il ferait trembler les murs. On a l'air de fous, à se battre pour une statue. Deux putains de paumés incapables de parler, incapables de mettre fin à toutes ces choses. Dans la précipitation, la sculpture s'écrase au sol, une partie d'elle déjà brûlée. Je la fixe, là, lui donne un violent coup de pied pour l'envoyer à l'autre bout de la pièce. Elle est la cause de tout. Mon âme s'embrase pour elle, pour la fragilité qu'elle incarne. Pourtant, même cramée et échouée, elle tient encore le coup. Un peu comme Sid, il tient encore le cap. Il est même plus grand et fort que moi aujourd'hui. J'ai échoué : il n'est pas mort. Mon regard se pose sur lui, le fixe, tente d'y puiser une quelconque énergie. Je m'avance lentement vers lui, laisse mes lèvres murmurer des pensées embrouillées. « On a pas terminé, non, Sid. T'es encore en train de faire naître quelque chose. » Mon doigt, tremblant, désigne la sculpture, perdue, un peu plus loin. Sa chevelure dans dans les airs, je sens toujours sa caresse sur ma joue. Ses longs cheveux que j'attrape violemment et les tire brusquement vers le bas. Mes doigts s'accrochent à leur racine. Le néant de mes yeux se perd dans le sien. Deux âmes vides et mortes s'affrontent. Mon visage, trop proche du sien, laisse mon souffle s'échouer contre sa joue. Mon corps, éclatant de haine, se colle au sien. « La partie est peut-être terminé pour toi mais c'était pas un jeu. » Sombre murmure contre son oreille, destiné à son âme. Mes lèvres effleurent la peau de son cou, la caressent. Bouche entre ouverte, c'est un souffle brûlant qui s'en échappe, qui la possède. « J'attends toujours tout de toi. J'aime toujours tes bras défoncés. » Ma main libre attrape son poignet, met à découvert les cicatrices du passé. Une lueur prend place dans mes yeux tandis que j'y pose un baiser, là, tout contre sa peau marquée par le passé.
Rien n'a changé, au final.
Tout s'est juste un peu atténué.
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MessageSujet: Re: et toi, un jour, tu m'as souillé (alban) Lun 28 Oct - 0:28

Pupilles dilatées, coeur broyé, le voilà, juste là, comme ça, à jouer avec la flamme. Il a les yeux lumières, là, Sid, à fixer cette lueur qui danse. La chaleur, elle lacère presque sa peau de bébé, tant elle est près. Il sourit, pourtant. Tout bonnement, là, le corps échoué contre la table de travail, la flamme tuant la statuette, entre ses mains, Sid sourit. Parce qu'il a les ailes brulés, le tendre ange. Parce qu'il n'est qu'un tas de cendre, oui, en voilà, une douce métaphore. Il n'est que cendre, là, entre ses doigts. On ne l'attrape pas. On ne le peut pas  ; essaie, Alban, tu verras. Essaie, que l'on rit. Sid, il sourit, alors. Il sourit, doucement, presque tendrement, à jouer avec la flamme contre les traits d'enfants. Les traits d'enfants qu'il a si longuement sculpter, si minutueusement, là, pour les effacer. C'est peut-être pour ça, oui, au fond, qu'il la crée. Pour détruire de nouveau, encore, toujours, ou du moins tenter, l'enfant qu'il a été. Il l'entend, parfois, Sid, tout au fond de soi. L'enfant qui pleure fort, et puis les étoiles, dans ses yeux, qui souhaitent naître. Il ignore tout ça, Sid ; ce n'est plus lui, c'est si loin, au fond, de lui. Si loin ; beaucoup trop, oui.

Sid, il le fixe, le petit enfant. Le petit enfant de bois, là, qui craque, entre ses doigts. Qui meurt comme il aurait pu mourir, ce jour là. Il n'y a pas les bras de papa, cette fois. Rien de tout cela; que le vide, et puis ce grand con d'Alban. Alban, là, qui l'observe avec son air de dément. Alban qui gâche tout, comme à chaque fois. Qui arrive, comme une tempête, comme un torrent, et qui fracasse tout, brusquement. Beaucoup trop brusquement, oui. « Dégage. » Ça fait fracas, mine de rien, contre l'ange brisé. Sid a le souffle qui se coupe, entre ses lèvres, et puis son monde si calme qui devient tempête. Il essaie, oui, tant bien que mal, de serrer la statuette dans ses doigts, mais elle s'envole. Elle s'envole, oui, comme l'ange qu'elle peut bien être, et finit sa course contre le sol. Sid a brûlé ses ailes. Sid a brulé ses propres ailes, oui, autrefois, quand il n'était qu'un enfant. Un enfant dans un corps de grand, peut-être. Il ne sait pas. Il ne sait plus rien, Sid. Le monde ne tourne pas rond, autour de lui. Tout était calme, et puis tout est mouvementé. Il ne comprend plus rien ; il ne comprend pas, non, ce qui est en train de se passer. C'est le monde qui a accéléré, brusquement, incapable de se stopper.

Et puis, il est là, coincé, incapable de bouger.

Alban, il frappe. Il est doué, oui, pour ça. Sid, il l'a vu faire, tant de fois, oui, déjà, quand ils ne se connaissaient pas. Du temps qu'il croyait qu'il n'était bon qu'à cela. Sid sourit, un peu ; comme si les choses avaient changé. Il a été berné un peu, et puis c'est tout. Juste berner ; Sid a fermé les yeux, pour baiser ses lèvres, la première fois, et ensuite, il a oublié de les ouvrir de nouveau. Pauvre innocent ; pauvre enfant.

Ça a duré une petite éternité.
Juste assez pour finir brûlé.

Y'a un mouvement ; c'est Alban, là, qui s'approche. Alban qui l'observe avec ses yeux déments, son air un peu ailleurs, celui qui cherche le passé. Mais le passé, il a cessé. Il est fini ; hier ne sera pas demain. Sid, il a envie de lui dire, de lui faire comprendre, pour de bon, que tout est fini ; mais dans ses prunelles, là, elle danse. Elle danse, cette flamme, celle d'avant. Et dans ceux de l'ange brisé, alors ? Se trouve-t-elle là ? Il se le demande, Sid, alors qu'Alban se rapproche, se colle presque, contre son corps déchiré. « On a pas terminé, non, Sid. T'es encore en train de faire naître quelque chose. » Sid, il ne comprend pas. Il ne voit pas, non, ce qui en train de naître. Il ne sent que son coeur, petit, léger, qui se crispe au creux de son être. Il ne voit que le monde, brusquement, qui ne tourne plus, et puis sa voix, calme, qui n'existe plus. Et il a envie de la pleurer. Il n'a pas envie, non, d'observer la statue ; elle n'est rien, rien du tout, pour lui. Qu'un souvenir un peu ailleurs, que la naissance, oui, de sa vie terne. De son bonheur léger, si léger, oui, qu'il le sent à peine. Il est bien, Sid, dans cette quiétude. Il est bien, dans son monde qui tourne trop lentement, et puis au travers de ces journées trop longues.

Derrière, il y a le vent. Douce caresse contre sa peau, sa si jolie peau d'enfant, vent reste calme. C'est comme la main d'une maman, au fond, qui caresse ses cheveux doucement, pour calmer la tension. Mais Alban, Alban, il n'aime pas ça. Il n'aime rien de tout ça ; Sid calme, il n'en veut pas. Il veut des tempêtes, au creux de ses yeux ternes. Il veut voir des lumières, des comètes au lieu d'étoiles, qu'importe, il prend tout ce qu'il y a. Alors, il y a ses doigts ; ses doigts, ceux qui l'ont tant touchés, il fut un temps, qui se glissent au creux de ses doux cheveux, et puis qui serrent. Qui serrent, fort, pour tirer ensuite, encore plus fort. La douleur du coeur, là, qui ne veut se faire entendre, qui devient alors la douleur du corps. Sid, il ne peut s'empêcher de gémir, de serrer les dents, sous la douleur trop forte. Il ne baisse pas les yeux, pourtant; pas face à Alban. Non, il l'observe de ses yeux comètes, sombres soudain, et il ne tilte pas. Il reste là, la tête douloureuse, sans se plaindre. Il se retient, oui, tant bien que mal, de lui cracher au visage. De lui vomir les pleurs qui ne veulent pas sortir. Il lève le menton, même, un peu surement, tout bonnement, lorsqu'Alban se rapproche, se colle. Il grince des dents, la colère au ventre. Le souffle vulgaire du tortionnaire lui gruge la joue. « La partie est peut-être terminé pour toi mais c'était pas un jeu. » Il ne répond pas, Sid. À quoi bon, de toute manière ? Alban est pris au piège, là, dans le passé, alors que pour lui, il s'est effacé. Il ne lui appartient plus. Il parle de choses qu'il ne comprend pas, qu'il ne voit pas. Il y a un monde, voire même deux, entre eux deux. Trop de choses, trop de temps est passé. Il serre les dents, Sid, laisse le temps passé, alors que le souffle lourd, grisant d'Alban, glisse le long de son cou. Alors que ses lèvres, gercées, comme avant, comme tout le temps, caresse sa peau froide. « J'attends toujours tout de toi. J'aime toujours tes bras défoncés. » Il ricane, Sid. Sa tête se penche vers l'arrière, prise par l'éclat du rire, et il rit, comme ça, tout bonnement. C'est léger, un peu trop peut-être, venant d'ailleurs, surtout. C'est un ange qui pleure, qui sait. Personne.

Il se laisse faire, Sid, grand pantin, poupée de chiffon, lorsqu'Alban attrape ses doigts, son poignet, et pose un baiser. Il baisse les yeux, doucement, pour observer, là, sagement. Il le laisse faire son numéro, attend sagement que ce soit la pause, son tour de jouer, qui sait. Il attend, Sid. Il connait la politesse, après tout. Et puis, chose faite, il dégage son poignet, tout bonnement, sans la moindre façon. Il l'observe, là, ses prunelles au fond des siennes. Il l'observe, comme ça, légèrement. « ils le sont plus, défoncés. les plaies, elles se sont refermées. » Il lui sourit, un peu, tout bas, juste comme ça. Comme s'il voyait une chose qu'il ne voit pas, comme si le monde, autour, il ne tournait plus. Sid, il voit. Il voit, oui, ce que tu ne vois pas. « sept ans. ça fait sept ans. » qu'il souffle, là, l'ange brisé, las, lassé, de sa voix rauque et tendre. Il sourit un peu plus, indulgent. Il tend les doigts, sagement, pour caresser sa joue abîmée par le temps. « ils sont plus là, Alban, ceux qu'on a été. » Ses doigts, là, ils ne sont plus doux, contre sa peau d'homme. Ils sont robustes, rugueux, incapable de la moindre caresse. Sid, il a tué ses doigts d'enfant. Il a oublié le temps. « c'est pas un jeu, je sais. » Il sourit un peu plus, avant de regarder ailleurs, une seconde. Ça le rend triste, étrangement. Pas en colère, non, juste un peu triste. Le rêve, il s'est envolé. Leur amour d'un autre monde, des cieux, là, couchés sur les nuages, il a cessé d'exister. Ils se sont réveillés. Alban, il a réveillé Sid, et Sid, il ne peut plus l'aider, maintenant, à se rendormir. Tout est fini.« mais tout est fini. » Il pose sa main, là, contre la sienne. Dans ses cheveux. Il tire un peu, malgré la douleur, et puis épouse ses doigts, tendrement, pour les retirer. Ça fonctionne, lentement. Lentement, oui, surement. Juste comme ça. Sid lui adresse une grimace, un sourire, une fois libéré.

À la radio, tristement, doucement, il y a don't you de simple minds, qui se met à jouer.
C'est fou, quelque part, les souvenirs que ça peut éveiller.
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MessageSujet: Re: et toi, un jour, tu m'as souillé (alban) Lun 28 Oct - 18:30

Ce n'est pas Sid, non, là, tout contre moi. Ça ne pas être le poupon que j'ai embrassé et aimé. Il est trop fort, trop grand pour être Sid. C'est une blague, un connard déguisé qui me ramène dans le passé. Et pourtant, ses yeux sont les mêmes, je les connaissais par cœur autrefois. J'ai fini par les oublier mais ils me reviennent, les souvenirs. Des vestiges de son innocence danse encore sur ses traits. J'ai envie de crier, de faire trembler les murs, pour qu'on me le ramène. Mon petit homme aux bras tout rouges. Mon amour, perdu dans le passé, pris au piège dans le filet d'une vie bien trop grande pour lui. J'ai envie, oui, de me péter les cordes vocales, d'implorer le monde. C'est pas grand chose, au fond, me rendre un corps frêle et enfantin. Je n'aime pas ses muscles. Je n'aime pas ses cheveux trop longs, même s'ils sont doux. Ses doigts sont trop brutes pour les miens. Je ne veux pas de ce corps. De cette force que je déteste. J'ai aimé Sid parce qu'il était vulnérable. Autant mentalement que physiquement. Y avait pas de bouclier, comme aujourd'hui. Même son sourire m'est inconnu. Alors, pourquoi je m'accroche ? Pourquoi je joue aux cons à embrasser sa peau usée ? J'espère peut-être le retrouver au fond.
Mais c'est déjà trop tard, Alban.

« ils le sont plus, défoncés. les plaies, elles se sont refermées. » Mais c'est facile de les rouvrir. C'est facile, passe moi un couteau, une lame, ce que tu veux. C'est simple, une simple tranche et c'est bon. C'est comme couper du beurre, la peau, elle est tendre. Je le sais parce que j'ai déjà planté plus d'un type dans une ruelle sombre. Pour une dette de drogue ou autre chose. J'aurais été capable de défoncer n'importe qui juste par plaisir. C'est moche, jouir de la souffrance des autres. À croire que j'en fais les frais au mauvais moment. Comme si la vie se refusait de me donner une réelle paix intérieure. Elle a attendu que les espoirs naissent pour les détruire d'un violent coup de hache. Je sens presque le coup, là, dans mon dos. Et ça me donne envie de m'écrouler pour pleurer tout bas, cette souffrance de merde. Plus le temps passe et plus ma vie semble sombrer dans l'obscurité totale. Bientôt je n'aurais plus le moindre repère. Même pas une caresse. Le visage de Sid commence déjà à s'effacer, au fil des secondes, comme l'eau qui mouille la peinture. Comme la pluie qui nous lave de tous nos péchés. Si je vais dehors, les miens s'envoleront dans le vent, c'est ça ? Mais non, ils sont incrustés, comme sur une pierre, c'est trop tard. Tout est trop tard, fallait pas attendre sept ans. Fallait même pas le briser. Y aurait peut-être quelque chose encore aujourd'hui. Mais je ne veux plus rien de lui. Juste son âme écorchée d'autre fois, comme un trophée que l'on balade vulgairement. Putain, c'est douloureux la façon dont mes pensées se mélangent par sa faute. J'entretiens les paradoxes, ado en crise d'identité. Choisir entre le bien ou mal. Le bien. Ah non, le mal.
Je ne sais plus.

Ses bras qui pleurent m'échappent. Le vide retrouve mes doigts, comme depuis mon entrée en prison. C'est là que tout à commencé, c'est là que les démons se sont transformés en de véritables monstres. Je suis une soupe à mauvaises choses, oui, c'est comme ça qu'on peut dire. Un mélange indéfini de vices. Et lui, l'ange blonde, il ne comprend pas ce que mon cerveau désire. Oui le cerveau, parce que le cœur, il est mort. Des cendres idiotes qui ne bougent plus. Elles sont mortes, comme moi. « sept ans. ça fait sept ans. » Il me rappelle une nouvelle fois la distance qui nous sépare. C'est pas seulement physique mais mental aussi. Nous sommes dans deux cellules différentse à présent. Deux cellules en béton d'où on ne peut sortir. Ça sert à rien de crier et de pleurer, on ne peut réparer ce qui est déjà fait. On ne peut pas revenir en arrière.
Tu as fait le con, assume.
Ta gueule, voix de la raison.

« ils sont plus là, Alban, ceux qu'on a été. » Je baisse les yeux, fixent mes pieds. C'est vrai, ils sont morts, on est morts. Dans la même tombe, j'espère, sous terre. J'suis tellement con que mes vers seraient capable de bouffer son corps, de grouiller en lui. Comme quoi, des choses ne changeront jamais. « c'est pas un jeu, je sais. » ça s'rait plus simple, au final, si ça pouvait l'être. On s'impliquerait pas autant. On serait que des pions sans âme. Fin, je doute de la mienne, mais Sid, il en avait une autrefois. Toute écorchée, toute déglinguée, comme je les aime. Si infectée qu'elle donnerait l'impression de moisir. Mais aujourd'hui, j'ai beau le regarder, je ne vois rien de tout ça. Ce n'est pas lui, ce n'est pas Sid. Mon Sid. Y a plus rien à en tirer, il le dit lui même, de sa voix qui a changée. De sa voix qui résonne plus pareil. Un peu trop masculine. « mais tout est fini. » Mes doigts restent attachés à sa chevelure. Je le déteste à me regarder, je le déteste de m'empêcher de le tenir contre moi. Alors, doucement, un peu assommé, la phrase résonne dans mes pensées. Faut se faire une raison, oui, certainement. Une foutue raison. Ce n'est pas Sid. Ce n'est pas Nous. Et la radio qui en rajoute une couche, avec sa mélodie détestable. Mon corps, flamme, se dirige vers elle, abandonne le blond. Et mon poing, cet idiot nerveux, s'écrase contre celle-ci, la fait tomber au sol. Elle se doit de cesser, cette mélodie imbibée de souvenirs. Je la déteste, comme je le déteste. « C'est terminé. » Faible murmure. Le démon susurre. C'est terminé, pourtant, au fond, il espère encore des conneries. Il est avide de douleur. Avide de l'être vulnérable. Sid.

La cœur bat trop vite, soudainement, c'est les montagnes russes sous mes côtes. Mes pensées se remettent doucement en place, malgré les sentiments qui dévorent et les démons qui se tapent sur la gueule. « Tu verras avec Jean, pour les statues. Je … Il te donnera le fric pour celle là, si tu veux. J'lui fais passer le mot. Tu lui en donneras une au hasard, au pire, il aimera toujours, tu dois le savoir. Il aime tout ce que tu fais. » c'est plus facile de parler de Jean. C'est plus facile pour oublier et ne pas penser à cette crise folle que je viens de lui offrir. « J'dois partir. » Ouais, c'est mieux, partir. Fuir cette usine à souvenirs.
Je me perds dans son chez lui, il est si petit et pourtant déjà trop grand.
Je grogne, cherche la sortie, et me retrouve petit à petit dévoré par la panique.
Et merde. Elle est où cette putain d'entrée ?
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MessageSujet: Re: et toi, un jour, tu m'as souillé (alban) Mar 29 Oct - 1:05

C'est un cri du coeur ; là, juste là, tous les souvenirs qui arrachent son bouclier, lacèrent sa peau, sans aucune gêne, et brisent son âme en deux. Pourtant, il ne bouge pas, Sid. Il laisse la douleur lui brûler la peau, marquer sa peau si blanche, si pure, de marques rouges. Il observe Alban, sans ressentir la douleur, parce qu'il l'a bien trop connu ; elle lui a bien trop fait mal, au cours de sa vie, pour qu'il ressente quoique ce soit. Il reste comme ça, alors, sans mouvement. Son regard est presque enfant et son coeur, lacéré, se gorge de souvenirs. De souvenirs trop beaux, purs, et pourtant, si imparfaits. Sid serre ses doigts, un peu, légèrement, contre le rebord du bureau de travail. Il a mal, un peu, peut-être beaucoup ; il sent ses articulations qui crient de douleur et puis son coeur, lourd, si lourd, qui pèse sur ses épaules. Sid se penche, un peu, légèrement. C'est lourd ; beaucoup trop lourd, oui, même pour ses épaules d'hommes. C'est tout son amour, son unique et seul amour, oui, qui résonne tout autour. Les baisers brûlants d'Alban, contre as peau d'Alban. Le baume de ses lèvres, pourtant gercées, qui essayaient, il lui semble, tant bien que mal de cicatriser les plaies, sur ses bras. Il a cru, Sid, si souvent, parfois, qu'Alban voulait du bien, pour lui ; panser les plaies, et puis effacer les mauvais rêves. Il y est même arrivé ; mais au final, tout ce qu'il voulait, c'était de les remplacer.

Il y a Alban, juste là, devant, qui bouge. Il danse contre les souvenirs, fracasse les tempêtes et puis fait taire la voix, brusquement, d'un coup de main. Les prunelles ternes de Sid se tournent vers lui, épousent le cadavre de sa radio, au final, qui ne laissent plus sortir le moindre son. C'est calme, brusquement ; plus le moindre grincement d'onde, tout autour. C'est malsain, qu'il trouve. Et la nuit, comment il va faire, maintenant, pour s'endormir ? Sid se pince les lèvres, un peu, légèrement, penche la tête par en arrière, ses doigts dans ses cheveux, le coeur toujours aussi lourd. C'est silencieux, pourtant ;pourquoi il a l'impression d'être deux, alors, à l'intérieur ? C'est un poids bien trop lourd, il lui semble, pour lui. Sid ne peut pas, non, supporter ça plus longtemps. Il a beau être grand, un peu plus fort, il est encore enfant. Oui, encore enfant. « C'est terminé. » Sid hoche de la tête, sagement ; parce que mine de rien, Alban, il a raison. Tout est terminé. Il n'arrive pas réellement à expliquer quoi, mais c'est bien le cas; il n'y a plus rien, tout autour, que le désert, toujours plus grand, qui l'empêche de respirer convenablement.

Il ne bouge pas, alors ; Sid, il attend sagement que les mots sortent, qu'Alban parle. C'est trop silence, autour, et l'ange brisé, il est lui-même silencieux. Il ne bouge pas, là, les doigts toujours contre la table, la douleur apparente, et le coeur lourd, si lourd, surtout. Il ose lever les yeux, un petit instant, pour l'observer. Il a envie de croiser ses prunelles dénudées, vide de tout, mais pleines d'amour. D'amour qui lui porte, oui, si fort, comme avant. Et tant pis, au fond, si c'est un masque. Sid, il veut juste être aimé. Aimé pour ce qu'il est, et non pour ce qu'il a été. Juste ça, tout simplement cela.

Et la voilà  ; elle résonne, la voix d'Alban. Prononce des mots qu'il n'aime tout bonnement, et pourtant, il se taie, sagement. Il ne pipe mot, incapable de dire quoique ce soit. C'est une douleur sourde, différente de celle qu'il a bien pu ressentir, quand il s'est moqué, autrefois. C'est son coeur, empli de douleur, bien déchiré, un peu trop cicatrisé, qui tend les doigts, les agite un peu, pour le ramener tout contre lui. Son coeur, souillé et pourtant si abîmé, qui a encore la force de l'aimer, pourtant. Qui a toujours envie, après toutes ces douleurs, toutes ces pleurs et tous ces jours, aussi, de l'aimer. D'apprendre à l'aimer, de nouveau, pour croire un instant qu'il a changé. « Tu verras avec Jean, pour les statues. Je … Il te donnera le fric pour celle là, si tu veux. J'lui fais passer le mot. Tu lui en donneras une au hasard, au pire, il aimera toujours, tu dois le savoir. Il aime tout ce que tu fais. » Sid penche de nouveau la tête, sagement. Il se taie, tout bonnement, incapable de parler. Les mots font tempêtes dans son esprit et le voilà figé, attentif aux bruits de pas. Il aimerait le voir se rapprocher ; le voilà faire bataille, encore, et poser ses lèvres sur sa peau déchirée. Il aimerait le voir essayer de l'aimer fort, encore, si fort, au point de le détruire.

Mais Alban, il a changé. Il n'est plus guerre, il est vétéran, et le combat semble goût de terre, à sa bouche. Il se taie, alors, s'éloigne de quelque pas, et lui dit ; « J'dois partir. » Sid secoue la tête, malgré le fait qu'il ne le voit pas. Il secoue la tête, comme un enfant, et il lève les yeux, sagement. Il l'observe quitter l'atelier, et puis, il se permet de soupirer, enfin. Ses doigts glissent dans sa crinière, et le cri de son coeur, éteint depuis longtemps, s'évade de sa gorge. Il a les yeux miroirs, un peu, de larmes qui n'existent pas. De larmes qu'il ne voit pas.

Sid ne bouge pas ; c'est le monde, autour, qui danse tout son corps.
Ses doigts qui se détachent de sa crinière, et puis ses pas qui glissent, là, sur le plancher, vers l'armoire, pour en sortir un tout petit trésor. Il observe, là, le coeur de bois, un peu brisé, un peu cassé, et pourtant, si beau, entre ses doigts. Il sourit, un peu, tout bonnement, se penche un peu pour souffler contre le bois, y retirer la poussière qui s'y est couché. Sid, il avait caché son petit coeur dans l'armoire, et l'avait laissé s'enterrer de poussière.

C'est triste, un peu marrant peut-être, de le voir là, marcher derrière lui, suivre ses pas sur le plancher craquant ; il marche à petit pas, s'appuie contre le mur, dès qu'il apparaît dans son champ de vision. « alban. » Il l'observe, Sid, avec un petit sourire, avec son air d'enfant. Il est là, maintenant, le Sid d'autrefois. La voilà au creux de ses yeux, la lueur qu'il a éteint. Elle se cache parfois, souvent certainement, voilà tout ; comme un enfant, oui, qui ne cesse de jouer à cache cache, que l'on ne trouve pas et qui finit par se montrer, triste de ne pas avoir été trouvé. Le voilà, en fait, Sid. L'enfant qui n'est jamais trouvé, l'ange qui n'arrive plus à voler, qui n'y est jamais arriver, en fait, et qui pourtant, on ne peut attraper. Il n'attend que ça, pourtant ; être tendrement serré, embrassé et bercé. Même Sid, il ne le trouve pas, le petit enfant et pourtant ; et pourtant, le voilà juste là, devant Alban. « tu as changé. » Il sourit un peu, juste un peu plus. Ses doigts glissent dans ses cheveux, pour les ramener à l'arrière. Il veut voir, cette fois ; oui, tout voir.

Puis, il se décolle du mur. Avance un peu, de quelques pas. Juste comme ça, sous le craquement des planches usés. Il s'avance, et pui sourit. Tend la main, pour lui donner le coeur brisé. « c'est pour toi. un sevrage, c'est ça ? cadeau de ma part. » Il lui donne le coeur, son coeur, là, qui ne l'a jamais quitté. Sid ne l'effleure pas des yeux ; il a peur, quelque part, de le voir battre. Sid touche ses doigts, un peu, en lui donnant son coeur un peu poussière. « quand tu veux ; reviens.» La lueur, elle se tait doucement, derrière ses paupières. Elle est douce, mais éphémère, malheureusement. Douce, mais morte, oui. Sid se craque un peu la gorge. « avec une radio. vieille, de préférence. » Il sourit, là, un tout petit peu. Semble chercher quelque chose, dans ses prunelles ; dans son regard de feu. Mord ses lèvres, une petite seconde, avant de, doucement, reculer et puis s'effacer. Retourner dans l'atelier.
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MessageSujet: Re: et toi, un jour, tu m'as souillé (alban) Jeu 31 Oct - 3:52

Elle est désagréable, cette panique. Elle vient de nulle part pour tout foutre en l'air. Et moi, pauvre con, je n'en suis que sa victime. J'ai envie de lui dire, comme elle peut aller se faire foutre. Mon regard se pose vers une fenêtre. Si je m'écoutais, c'est par là que je sortirais, juste pour respirer plus vite. La détresse, elle s'en irait certainement sous les gouttes d'eau. Oui, c'est bien réputé, que la pluie, elle lave de nos pêchers. Elle brise le silence des rues pour réconforter les hommes. Les larmes du ciel et sa beauté cachée. Ce doit être pour ça que les amoureux s'embrassent sous elles, pour être purs, juste avant d'embrasser l'être aimé. Pour n'avoir que leur cœur, là, au bout des lèvres. Mais je n'ai plus que mes entrailles qui flottent sur ma langue. Cette envie folle de vomir ce que je peux être, ou ne pas être. Ce qu'il reste du passé et tout ce qui a pu disparaître. J'ai l'estomac qui se contorsionne, les muscles qui me font souffrir. Mes mains cherchent désespérément le téléphone dans mes poches. Envoyer un message à Jean est la dernière solution. Tant pis s'il est malade, il comprendra. Parce qu'il comprend toujours tout, le muet.
Il doit l'être l'un des premiers à savoir comme les mots sont inutiles.
Ses yeux, réels, reconnaissent la beauté, même là où elle n'existe pas.
C'est de là que vient son sourire.

J'veux qu'on me sorte de cet enfer, que les murs partent en fumée et me rendent ma liberté. J'ai besoin de fuir les ténèbres du passé pour ne pas retomber dedans. On a beau les trouver dégueulasse, y a toujours quelque chose qui nous empêche de les ignorer totalement. Comme une mère que l'on retrouve. Ou quelque chose qui y ressemble. « alban. » cette fois, c'est pas un visage familier, des bras trop pâles qui se tendent vers moi. Non, c'est seulement la voix de Sid, sa voix qui tremble au moindre mouvement de lèvre. Celle de l'enfant que j'ai pu connaître et aimer par le passé. Sur le moment, j'ose même pas me retourner. J'veux pas me recevoir une vague de claques dans la gueule, j'en ai eu assez jusqu'ici. Pour le moment, j'ai juste envie de respirer, de laisser les larmes se mélanger à la pluie s'il le faut. Mais non, j'veux pas pleurer. Un homme ne pleure pas. Encore moins lorsqu'il a passé une partie de sa vie en taule. Un voyou qui chiale, si c'est pas encore plus pitoyable, ça. La gorge nouée, c'est à peine si je parviens à bouger. De toute façon, j'ai l'air prisonnier de cette cage à souvenirs, comme le chapitre d'un livre que l'on a arraché et jeté. Maintenant, il veut retrouver sa place, parce que les poubelles, c'est plus suffisant.

« tu as changé. »
J'ai changé.
Il a changé.
Le temps est en train de changer.
On change tous, à la moindre seconde qui s'écoule. On est un peu plus vieux, un peu plus con, un peu plus posé. On a parfois des envies de suicide, puis ça va mieux. C'est ce en quoi consiste la vie : nous faire évoluer. Mais parfois, putain, c'est qu'en apparence. Un truc superficiellement dégueulasse. J'ai pas changé, Sid, oh non. Le vice, il est chronique, je l'ai dans la peau. Suffit que je regarde les couteaux pour avoir envie de t'en planter un dans le bide. La mort, c'est tout ce dont j'ai besoin pour me satisfaire réellement. L'amour, la mort, ça se ressemble au fond. On cherche presque les mêmes choses, y a que quelques lettres qui changent. L'un est déguisé, l'autre à l'état brut. « Toi aussi. » C'est agressif, froid, plein de rancœur. La faute, je me l'enlève des épaules pour la lui jeter dessus. J'ai pas changé.
J'ai pas changé.
On change jamais. C'est pas nouveau, putain.
Y a que Sid pour pouvoir croire à de telles choses. Ce naïf.

« c'est pour toi. un sevrage, c'est ça ? cadeau de ma part. » Mon regard se pose sur le cœur, à présent entre mes doigts. Le mien s'agite, à ce geste. Le merci coincé entre mes dents ne quitte même pas sa place. Hors de question, de le remercier. Hors de question de retomber à ses pieds. Je recule d'un pas, capte à peine sa peau contre la mienne. J'ai l'esprit ailleurs, déjà, dans la voiture certainement. Il attend juste le corps, impatient. « quand tu veux ; reviens.» Mes sourcils se froncent, ne répondent rien. L'invitation est gravée dans mon cerveau, demain, elle sera oubliée. Ça sert à rien de revenir, de se faire encore du mal, de toute façon. C'est terminé, enterré, depuis des années. L'eau a coulé. J'veux pas retrouver un fantôme du passé, même si c'est déjà fait, quelque part.« avec une radio. vieille, de préférence. » J'hausse les épaules, resserrent le cœur entre mes doigts. Il la retrouvera certainement la radio, oui, devant sa porte, apportée par un fantôme. Lorsque son corps quitte la pièce, c'est un soupir de soulagement qui quitte mes lèvres.
Enfin.

Et la panique, elle se dissipe doucement, contrôlée par l'absence. Je me dirige vers la porte d'entrée, la referme doucement dans mon dos. La pluie peut bien s'abattre sur moi, qu'importe, je me sens soudainement libéré d'un poids. D'un poids qui s'envole même sous cette colère provenant du ciel. Enfermé dans le tas de féraille, je laisse mon regard se poser sur l'entrée. Et le cœur, le cœur brisé, il se retrouve encore plus serré et trempé. J'ai les yeux rouges. Les cheveux sales. Les habits mouillés. J'ai l'air d'une éponge. D'une éponge à sentiments. D'une éponge à souvenirs. D'une éponge à Sid. C'est complètement débile. Il faut fuir.
Le moteur grogne.
La pluie ne suffit même plus à masquer le bruit de ma colère.
Il grogne, fort, et disparaît dans le paysage.
Une promesse est faite à ce moment là, celle de ne plus jamais quitter le chalet.
Mais jamais, c'est encore trop court.

Terminé.
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